Confession d’une condamnée

Confession d’une condamnée

PROLOGUE:

J’avais couru après le temps. Peut-être que mon obsession du moment parfait m’avait conduite dans cet enfer. Cet asile pour les âmes meurtries, les âmes maudites. Il paraît que les songes d’une personne infectée sont désordonnés, qu’ils sont tels une mer enragée, dangereuse, mortelle. Les miens m’avaient très souvent conduite au précipice d’une mort qui, je dois l’avouer, me terrifiait autant qu’elle m’attirait.

Dès lors que j’eus acquis une vérité que je pensais inébranlable, universelle, j’eus l’affreuse sensation que ma place ne demeurait pas parmi les vivants. Non pas que les morts me semblassent plus proches; au fond de mon âme, j’étais terrorisée par l’idée d’une vie après la mort. Car la vie ne m’avait jamais gâtée, et la mort, j’en étais sûre, m’amènerait dans les flammes de l’enfer.

Alors, bien que certains me considéraient comme défaitiste, dépressive et destructrice, lui, ange de ma mort, m’avait vue telle que j’étais. Une moi que je n’avais jamais osé regarder en face. Une moi que j’avais fui, que j’avais essayé de cacher à tout prix. Car le monde bafoue les gens comme moi; les gens infectés.

Ainsi, toute ma chienne de vie, j’avais caché cette différence qui intriguait les non-infectés, qui fascinait d’une façon maladive les psychiatres, et qui m’effrayait au point de l’avoir enfouie, enterrée au plus profond de moi.

Mais un jour, il m’a déterrée. Un jour, il m’a réveillée et m’a montré ce que c’était que d’être vivante, de tout ressentir, sans occulter, sans enfouir, sans cacher. Je lui ai donné mon corps, mon amour, et finalement, ma personne. Peut-être me diriez-vous qu’il était mauvais, narcissique et incapable de la moindre émotion: et je ne pourrais vous contredire. Après tout, il m’effrayait autant que je l’aimais. Mais le quitter aurait été comme renoncer à la liberté, à cette sécurité, peut-être malsaine, qu’il m’apportait.

J’étais née dans le noir, et grâce à lui, j’ai vu la lumière. Grâce à lui, j’ai goûté, j’ai senti, j’ai été vivante. Ainsi, peu m’importe désormais d’être prisonnière de ce couloir mortuaire. Car je ne pourrais plus voir la lumière, ni sentir, goûter ou vivre, sans enfouir à nouveau cette partie de moi.

Il se pourrait qu’après cette lecture, vous me trouviez immonde, inhumaine, soumise, faible, et sans doute coupable. Alors oui, j’ai péché. Je suis tombée amoureuse d’un monstre.


Mais une chose m’échappe : m’a-t-il pervertie, ou étais-je déjà souillée ?
M’a-t-il poussée à faire toutes ces choses, ou en avais-je une envie folle ?
M’a-t-il fait céder à de sombres pulsions, ou bien ai-je sauté dans ce vide sombre de mon propre gré ?

Et finalement n’avais pas pour lui la même admiration et terreur que je portait à la mort?